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« SOCRATE m’a trompé … »

01/02/2013

Depuis plus de 60 ans je vis avec moi-même … je dois avouer que j’ai de plus en plus de mal .Pourtant  SOCRATE et son  » connais- toi toi-même  » devraient m’aider et me rendre la cohabitation  plus confortable …( je vais m’expliquer , mais pas ce soir car il y a débat entre  » je  » et  » moi « …)

Il est vrai que Socrate ne m’a pas dit ce qu’il entendait par « connais-toi toi- même », il parait même qu’il n’a rien écrit… je me perds, qui suis-je ? Le « JE » vu par l’objectif d’un appareil lorsqu’il me prend en photo à mon insu ? Le « MOI » qui sourit et s’apprête devant le preneur de mon image « composée  » ? Le « JE » écrivant pour lui- même, sachant qu’il ne sera lu que par lui seul ou le « MOI » qui pense, en écrivant, à ceux qui le liront ?

Ce questionnement remonte à loin.  Lors de ma formation à la médiation, le psychanalyste intervenant Jacques DURANDEAUX  ( cf la page d’accueil de mon site), nous avait posé la question : « Que pouvez-vous dire de votre relation avec vos enfants ? » J’avais répondu spontanément que je n’avais jamais eu de problème avec mes enfants et sa réponse était tombée comme un couperet :  » Quand un père me dit qu’il n’a jamais eu de problème avec ses enfants … je commence à être inquiet « . J’ai, depuis, évoqué cet échange perturbant avec mes enfants et j’ai compris combien l’idée que j’avais de moi- même était éloignée de la leur. Je croyais me connaître…

Dans mon entourage et, au cours de mes entretiens de médiation, je suis interpellé de manière récurrente, par le fossé qui existe entre la connaissance de soi, la description que chacun en fait et notre façon d’être et d’agir…

Rêver ce que nous aimerions être suffit-il à gommer ce que nous sommes ? Comment se positionner ? Quelle est la fiabilité d’une relation lorsque nous déclarons que nous sommes à l’écoute de l’autre alors que nous ne savons parler que de nous-même ? Que nous sommes généreux et n’avons pas la spontanéité du geste guidé par le coeur ? Que nous ne sommes qu’amour et restons sur la réserve ? Que nous sommes pédagogues alors que nous ne cherchons pas à savoir si l’autre nous comprend ?

Quand nous parlons de “NOUS” s’agit- il du « JE  » (le vrai) ou du  » MOI » (celui que nous

voudrions être) ?

Chacun de nous aurait besoin d’un  » tiers « , celui de la Médiation pour faire dialoguer son JE et son MOI en les rapprochant, comblant peu à peu le fossé qui les sépare.

C’est peut-être ce que SOCRATE voulait faciliter  par sa maïeutique …

Aujourd’hui je ne suis plus en colère avec moi- même et je pense que SOCRATE ne m’a pas trompé …

9 commentaires leave one →
  1. Laurent DALLET permalink
    04/02/2013 1:33

    Tu sais que je peux me vanter d’avoir lu TOUS les crits de Socrate, mon cher ami………

    ________________________________

  2. Bruno permalink
    05/02/2013 8:35

    Le connaissant assez mal, j’ai fait une petite recherche avant de parler de Socrate et il semblerait que dans la phrase « connais toi toi même », le philosophe parle de la nécessité pour l’homme de travailler sa tempérance, c’est à dire sa faculté à connaître et contrôler ses émotions. A une époque où un bon philosophe était un philosophe vivant, j’imagine que Socrate définissait la sagesse comme la faculté de développer son self-control ou bien de travailler son sprint. Le rapport au fait de vivre avec soi-même me parait moins évident dans la mesure où se connaître ne permet pas forcement de mieux se supporter, et peut même conduire à l’état inverse, comme si on vivait avec un vieil ami dont les manies finissent par déranger avec le temps. Je crois qu’on devrait pardonner à nos vieux amis, communiquer avec eux, les respecter et les aimer. D’ailleurs aimer quelqu’un n’est-il pas de l’accepter tel qu’il est ?

  3. Kemoun Régine permalink
    07/02/2013 10:56

    Régine
    Pourquoi ce titre: »Socrate m’a trompé »?
    Le « connais-toi toi-même » de Socrate est célèbre .Ce grand philosophe de l’Antiquité était un sage. Que voulait-il dire par cet aphorisme?
    Je ne donnerai que mon interprétation;
    Avant de juger les autres ,apprends à te juger ,à te jauger.Par l’introspection,essaie de savoir ce que tu vaux,ce que tu es capable de faire .Apprends à reconnaître tes forces et tes faiblesses. Mais peux-tu le faire tout seul? n’as-tu pas besoin du regard de l’autre?Ta recherche personnelle ne peut être que subjective. :tu peux embellir ou enlaidir tel ou tel trait de caractère ou de comportement.Tu dois prendre conscience de tes propres lacunes mais est-ce possible d’avoir une conscience objective de soi-même?Il n’est pas facile de s’observer ,d’être à la fois sujet et objet et nous devons tenir compte des réactions de l’Autre à notre égard .Mais l’Autre nous voit-il exactement comme nous sommes ?Ne portons-nous pas un « masque »(conscient ou inconscient ,qui sait?)
    Au cours de la vie,nous évoluons et sans avoir forcément recours à la psychanalyse,nous pouvons essayer de nous analyser (avec l’aide de l’Autre)ce qui devrait nous permettre de nous améliorer et de rendre la cohabitation avec nous-même supportable si non tout à fait confortable

  4. Bruno permalink
    11/02/2013 4:05

    Si je devais retracer mon parcours sur le tortueux chemin de la connaissance de soi, je résumerais ma vie en 2 étapes.
    Une étape de l’enfance pleine de doutes, de manque de confiance en soi et de difficultés à cerner le monde extérieur. Cette époque de l’enfance est parfois solitaire et complexe en terme de connaissance de soi et on peut considérer comme lacunaire l’éclairage apporté par les autres quand on réalise qu’à cet age, l’identité de enfant est une page blanche sur laquelle s’inscrivent pêle-mêle des jugements de valeur arbitraires, comme des appréciations esthétiques ou de bonne conduite, des résultats scolaires, ainsi qu’une bonne quantité de superlatifs issus de la cour de récré).
    Puis une seconde étape sans doute née de ces années d’enfance passées à observer, et dont l’essentiel se situe autour de la relativisation du regard de l’autre (car il m’apparut soulageant de réaliser que nous traversons tous les mêmes angoisses, les mêmes complexes et les mêmes problématiques « qu’il-faut-surtout-garder-pour-soi ») et autour du constat que si Dieu peut nous pardonner nos péchés, la Nature, elle, fait mieux : Elle s’en fout.

    • Frédéric SY permalink
      18/02/2013 11:03

      La nature gaspille et vit pour elle. Elle se fout de nous. Elle sera là même lorsque nous, pauvre humanité, auront disparu.

  5. Frédéric SY permalink
    18/02/2013 11:01

    Moi je ne connais pas tous ces grands philosophes dont les citations remplissent les vides de mes dîners sociaux et de mes échanges que je veux « d’un autre niveau ». Mais leurs citations me permettent parfois d’entrer en relation par un semblant de lumière, d’aucun dirait par des fulgurances ! Cependant, au fond de moi, après examen de ma conscience : à quoi leurs préceptes me sont utiles réellement ?

    Socrate est un philosophe sur lequel je peux m’appuyer en le citant. Grâce à lui, je montre ainsi à mon interlocuteur que J’AI de la culture, que JE maîtrise les mots et les idées qui ne sont pas les miens que J’organise de manière à montrer une belle façade qui n’est qu’un masque et donc un pale reflet de MOI…
    Où est la vérité alors ?

    Comme moi, et vous, et vous et vous encore, Socrate, il y a 2500 ans, s’interroge sur le sens de la vie. Ce n’est pas le premier ni le dernier ! Mais le fruit de ses réflexions lui appartient, c’est à lui. Son « Connais toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les Dieux » n’est pas une vérité mais une sentence qui permet de se libérer de son propre enferment. Ce que je suis est le fruit d’une complexe alchimie biologique et psychologique. Je suis le résultat d’une mutation cellulaire depuis ma conception mais je suis également l’héritier, inconscient des préceptes de mes parents souvent de leurs peurs, doutes et silences angoisses…

    Je suis ce que je suis. Point. Je ne pense pas que la sagesse se limite à développer son self control ou travailler son sprint. D’ailleurs selon moi se dire sage ce n’est plus l’être. Le sage, selon moi, est celle ou celui qui réuni toutes les vertus et rejettent pulsions et animalité.
    Ouais ! mais est-ce que je vis mieux pour autant ?

    Si je développe mon self-control je contrôle tout ! Tout passe par mon juge intérieur et si je suis self-control je suis le maître absolu de moi, je suis le « roi du monde. » Et bien non, la vie disparaît s’il n’y plus de place pour la fantaisie, la spontanéité et le plaisir de vivre.

    Comme cela doit être épuisant de tout contrôler !…

    • Bruno permalink
      26/02/2013 9:03

      En parlant de self contrôle et de sprint, j’ai maladroitement caricaturé l’image du sage antique. Je ne sais pas comment vivaient les hommes à cette époque, et j’ai donc réduit la phrase de Socrate au fait qu’il valait mieux se contrôler ou courir si on ne voulait pas prendre le coup d’épée d’un gars plus costaux et énervé que soi…
      Ma définition du sage moderne est toute autre et rejoint même la votre, Frédéric, quand vous insistez sur l’importance de l’humilité. J’y ajouterais aussi la cohérence, qui est pour moi le principe de rester soi même tout en restant connecté sur l’extérieur. Avec un peu d’humilité et de cohérence, on obtient du recul sur ce qu’on croit savoir et sur ce qu’on croit être. Avec la cohérence, on gagne de la confiance en soi et avec l’humilité, on évite de l’imposer aux autres. Avec la cohérence, on vit mieux dans son environnement et avec l’humilité, on partage les acquis avec les autres. Avec la cohérence, on apprend à s’accepter et avec l’humilité, on apprend à aimer les autres. Il n’y a donc pas vraiment de contrôle au sens strict, mais plutôt une adaptation, un ajustement permanent pour être le plus juste possible (juste est d’ailleurs synonyme de sage, me semble t-il…).

      • Frédéric SY permalink
        04/03/2013 5:28

        Excellent !
        Je vous réponds demain.

  6. Suzette permalink
    23/04/2013 3:40

    « Pour une seule vie il y a cent biographies possibles » disait J B Pontalis qui rajoutait: »Nous avons tous une identité multiple,nul n’a envie d’être réduit à soi »Il est vrai qu’entre le « ça » le « moi » et le « surmoi »il y a de quoi s’y perdre.Alors faut-il penser avec Confucius que »le plus grand voyageur est celui qui a su faire une fois le tour de lui-même » et entreprendre le voyage ou se laisser décourager par Nietzsche qui disait que « La nature a jeté au loin les clés et (que)la porte de la connaissance de nous-même nous est fermée » et rester dans l’ignorance?Le chantier est vaste et complexe d’autant plus que la part lumineuse et la part sombre de chacun peuvent se révéler de manière plus ou moins intense en fonction des circonstances et de l’environnement.Faire dialoguer le « je » et le « moi » avec l’aide d’un médiateur peut -il nous aider à y voir plus clair?C’est possible mais les écueils sont nombreux car nous sommes pétris de contradictions et l’analyse et l’interprétation de ce « dialogue »ne sont pas choses faciles.La cohérence que nous appelons de nos vœux est souvent hors d’atteinte et il faut parfois être placés dans des situations extrêmes pour se découvrir et s’étonner soi-même.Avoir conscience de cette difficulté nous permet de rejeter les certitudes et de souscrire à ce que disait Angélus Silésius: »je ne sais pas ce que je suis,je ne suis pas ce que je sais ».

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