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LE SILENCE CRÉATIF

23/09/2018

La conduite DE réunion est un thème souvent abordé par les spécialistes du management. Lorsqu’il m’a été demandé ( il y a 20ans ) par l’association des BOUTIQUES DE GESTION ( création d’entreprise ) d’intervenir sur ce thème, j’ai refusé considérant que je n’avais rien d’innovant à proposer dans ce domaine, par contre je proposais la CONDUITE EN RÉUNION.
Quel était le besoin ? Apporter à nos porteurs de projet une méthode pour vendre leur entreprise et la pérenniser. Un groupe de chargés de mission, leur directrice et moi-même, en qualité de président, étions confrontés au problème suivant : comment allions-nous travailler ensemble et être innovants sur ce thème ?

Nous étions 8 … six hommes et deux femmes (loin de la parité souvent créative), d’âges et cultures très différentes. Chacun de nous avait ou pas d’idée sur ce sujet essentiel. Nous avons travaillé individuellement sur l’arborescence de la pensée ( Tony Buzan ) chacun étant parti du thème  » Pérennité de la création », a laissé sa pensée suivre ses mots … à l’écoute de son cerveau. Tel mot évoque pour moi tel autre mot et ce mot à mot nous a conduits chacun en « terrain inconnu », celui de la créativité. Il fallait trouver une méthode pour vendre l’entreprise sans être devenu un commercial. Chacun de nous a partagé son arbre de pensée, chacun a poussé l’autre au-delà de ses mots pour approfondir sa pensée en l’exprimant. Puis le moment venu nous avons « construit un arbre commun » et l’idée de modifier le regard du nouvel entrepreneur sur sa démarche commerciale a émergé, elle devait avoir du sens en établissant la confiance. Il fallait créer du lien avec le prospect et plus tard avec le client en utilisant les postures de la médiation *afin que la vente ne soit plus perçue par les deux parties comme une agression mais l’aboutissement d’une recherche de besoin et la satisfaction de ce dernier.
Vingt ans plus tard, le vice-président du conseil départemental de la Charente et son binôme chargés des politiques solidaires de l’emploi et de l’économie, m’ont proposé d’intervenir devant l’assemblée des développeurs des solidarités du département. Cette demande m’a surpris et valorisé. Surpris par l’humilité des demandeurs, étonné qu’une institution de cette importance fasse appel à la médiation pour apporter un souffle nouveau sur « comment permettre à des structures sociales de produire en commun des idées neuves pour une meilleure insertion ? » Valorisé car cette demande me prouvait que ceux qui la formulaient partageaient ma vision du concept de la médiation bien au-delà de la résolution des conflits.
Aujourd’hui je fais un parallèle entre les deux situations évoquées ci-dessus. Les problématiques se ressemblent : comment produire de l’intelligence collective génératrice de créativité ? img_0012-1

Lors de mon intervention au conseil départemental j’avais à ma droite une chaise vide et devant elle, face au public, un chevalet vierge… je restais silencieux durant deux minutes cherchant les regards curieux ou étonnés dans  » l’hémicycle « . Après ce moment blanc, je retournais le chevalet vierge dont l’autre face portait le mot  » silence « . Je m’adressais au personnage virtuel assis sur la chaise et le remerciais pour son intervention judicieuse, lui annonçant que je ferais souvent référence à lui dans mes propos à suivre. Je ne sais pas si neuf mois plus tard les participants se souviennent encore de mon interruption volontaire du son… mais je souhaite qu’ ils utilisent, sans modération lors de leurs réunions de travail,cet outil de  » construction massive  » : « LE SILENCE », pour résoudre collectivement un problème.
Pourquoi faire silence en réunion ? Parce qu’il devient un besoin… dans des échanges où chacun pratique l’écoute Pure** la nécessité du silence s’impose. Comment se traduit cette écoute spécifique? Quand l’autre me parle je ne prépare pas ma réponse… je ne cherche pas à savoir si je suis d’accord ou pas … là n’est pas le sujet. Il s’agit pour chacun d’entrer dans la vérité de l’autre et, pour se faire, de chercher à retenir les mots qu’il a employés ou des phrases pour les lui reformuler avec précision, au mot pour mot, afin de le questionner et qu’il puisse les approfondir et éventuellement se les expliquer à lui-même. Voilà l’utilité du silence. Il est vital pour prolonger l’écoute pure. Il valorise celui qui s’est exprimé car ses propos sont pris en compte, la reformulation fidèle en est la preuve. Un avis, une réponse immédiate prouvent trop souvent que ce qui vient d’être dit n’est pas considéré comme important puisque immédiatement remplacé par ce qui a été pensé lors d’une écoute parasitée par une réflexion personnelle souvent jugeante. Cette attitude de non écoute est extrêmement fréquente et génère le gâchis des nombreuses réflexions individuelles non exploitées. A contrario si chacun prend en compte et approfondit la pensée de l’autre sa propre réflexion en sera enrichie voire modifiée. Ce processus répété génèrera chez chacun des nuances, des modifications contribuant à l’émergence d’idées neuves et pour le groupe l’étonnement de la CRÉATIVITÉ… chacun pouvant dire : je n’aurais pas eu cette idée si j’avais réfléchi seul …

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*postures Médiation  » commerciale  » : écoute pure – silence – reformulation avec regard et voix bienveillante – questions ouvertes neutres …

X** l’écoute pure selon Peter Fenner docteur en philosophie du bouddhisme .

 

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